NEWS Santé... par Renée

 

WIZO Belgique-Luxembourg

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La préadolescence, concept des temps modernes.

 

Di Fiore Christella, psychologue et psychothérapeute d’orientation systémique dans l’unité psychiatrique pour adolescents à l’hôpital Erasme, Bruxelles, christelladifiore@hotmail.com

 

Trentesaux Manon, psychologue dans l’unité psychiatrique pour adolescents à l’hôpital Erasme, Bruxelles, & psychologue clinicienne d’orientation analytique, à Uccle 0497/921052 mntrentesaux@gmail.com

 

Quels sont les premiers signes de l’entrée dans l’adolescence ? Le terme préadolescent recouvre-t-il une réalité ?

 

Depuis une dizaine d’années, les manifestations de l’adolescence apparaissent de plus en plus précocement. Les sociétés n’ont pas toujours conceptualisé l’âge de l’adolescence. Notre société actuelle situe l’adolescence entre l’enfance et l’état adulte et tend à inclure les plus jeunes dans une nouvelle classe d’âge qu’on appelle génériquement « la préadolescence ».

 

L’allongement de la vie conduit à des redéfinitions de l’ensemble des âges. Bernard Nominé (2003), psychanalyste français, note que notre société vieillissante tend dès lors à idéaliser « la jeunesse », rêvée comme éternelle. L’enfance est pensée comme plus courte et laisserait la place à une jeunesse qui s’étend jusqu’à la vieillesse. Comment faire valoir une autorité et une présence qui se veulent soutenantes pour le jeune si on a, jusqu’alors, cherché à être son pote et nourri le flou de la différence générationnelle ?

 

Hervé Glevarec (2010), sociologue et directeur de recherche au CNRS, estime que ce nouvel âge de la vie ne cesse de se pré-émanciper, pouvant même poindre dès huit ou neuf ans. Son repère ? « La culture de la chambre », cet espace d’autonomie préadolescente, sorte de « maison dans la maison ». Les familles peuvent facilement déceler ce moment à partir duquel la chambre en tant qu’espace de jeu devient peu à peu un espace d’expression. Nous pourrions de ce fait concevoir la chambre comme un des symboles du processus d’individuation qui témoigne de l’individuation naissante et de la quête identitaire chez l’enfant, un événement anticipatoire de l’adolescence. La chambre est aussi un lieu de prédilection pour permettre l’apprivoisement du corps en pleine métamorphose. Les signes sont multiples. Nous pouvons également observer comment l’enfant va progressivement faire valoir ses attentes, ses goûts et ses jugements. Ce changement se manifeste par exemple dans l’écoute des radios « libres antennes » du soir, les lectures de presses pour préadolescents, ... L’adolescent marquera progressivement son détachement de la période de la petite enfance en s’appropriant plus intensément cet espace intime, accordant un soin tout particulier à l’affichage de ses identifications et de ses affiliations.

 

Les parents vont commencer à être confrontés à de nouvelles requêtes et elles se font de plus en plus nombreuses. Ce phénomène reflète aussi les besoins et désirs d’autonomie naissants. Par exemple, la question de l’argent de poche est centrale pour répondre aux envies d’autonomie. D’ailleurs, comment le préado va-t-il user de cette nouvelle ressource ? Va-t-il en faire un outil de socialisation en offrant ses achats ? Va-t-il pouvoir se projeter et investir dans des projets ou va-t-il dépenser tout ce qu’il a dès qu’il a une envie ? Le préadolescent va se comparer à la fratrie ou à ses pairs afin de défendre le fait qu’il vienne titiller ses parents pour accéder à de plus en plus de nouvelles libertés. À quand le premier accès à internet ? Qu’en est-il du premier téléphone portable ? Et la première soirée pyjama ? Ne pas pouvoir faire la même chose que ses amis peut être source de souffrance, mais comment répondre à ces envies de liberté tout en faisant valoir les valeurs familiales ? Toutes ces questions demandent une cohérence de l’équipe parentale mais aussi, une mise à jour au vu de ce qui se passe autour du jeune.

 

Les ados sont souvent d’accord avec leurs parents pour l’essentiel. Les grandes différences qui peuvent être sources de tension, relèvent de points relativement banaux tels que l’habillement, la coiffure, etc. La recherche de cette différence de style peut passer par la provocation mais elle exprime surtout un besoin de différenciation. Il ne faut pas oublier, en tant que parent, que l’expression de cette recherche identitaire personnelle n’est que passagère. Il faut pouvoir relativiser, tout en restant garant de l’intégrité physique de son enfant.

 

Le terme « préadolescent » recouvre bel et bien une réalité, celle des prémisses de l’adolescence. Aujourd’hui, l’enfant âgé de 8 à 13 ans quitte la phase de latence et entre dans celle de l’adolescence. Cette période est pleine de changements, tant physiques et sexuels que moraux, affectifs et sociaux.

 

Quelle est l’incidence de l’évolution de notre société sur l’entrée dans l’adolescence ?

 

Les jeunes d’aujourd’hui se distinguent par la précocité des nouvelles possibilités d’indépendance. La société offre le message illusoire selon lequel les aspirations de liberté et d’émancipation du jeune peuvent se réaliser immédiatement et qu‘un temps d’adaptation n’est pas nécessaire. Cependant, le préadolescent n’est encore qu’un enfant qui est en train d’entrer dans une nouvelle étape du processus développemental en construction permanente, l’adolescence. Par exemple, les capacités cognitives évoluent vers une pensée abstraite, mais l’accès à celle-ci n’est pas encore finalisé. Ajoutons à cela la pression à scolaire et les incessantes incitations à la consommation et aux médias. Toutes ces sollicitations confusionnent. À cela viennent s’ajouter les aspirations propres aux jeunes. En pleine quête d’autonomie, les enfants veulent aujourd’hui gérer leurs relations amicales et leur emploi du temps dans une intimité qui peut très facilement échapper au cadre posé par les parents.

 

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont sans doute le plus grand changement rencontré par les adolescents d’aujourd’hui. Elles permettent et renforcent une culture adolescente autocentrée qui peut s’étendre hors de tout contrôle. Les limites entre le public et le privé sont souvent trop floues pour ces jeunes autonomivores et elles échappent rapidement à leur propre contrôle, souvent à leurs dépens. Les enjeux que les adolescents placent dans l’usage des TIC concernent principalement la validation de leur être, passant par leur image, leur style, leur corps et leurs appartenances. Malheureusement, beaucoup de jeunes conçoivent aujourd’hui le nombre de « like » attribué à leur photo comme un témoin de leur valeur aux yeux de tous et un signe visible de son inclusion ou de son exclusion. En tant que parent, il est important de pouvoir proposer d’autres lieux à son enfant pour faire l’expérience de multiples validations positives.

 

La possibilité de recourir aux médias est, aujourd’hui, tellement ancrée dans le social qu’il devient presque un devoir. Les dérives sont nombreuses. Nous constatons souvent à quel point certains décalages des signes pubertaires peuvent engendrer un rejet ou une stigmatisation parfois traumatisants. Les TIC facilitent les relations mais aussi le rejet qui ne se soumet plus aux règles et aux valeurs soutenues par le face-à-face.

 

Nous remarquons une sensibilité des préadolescents à la considération en tant que personne, même s’ils ne savent pas encore très bien qui ils sont ou qui ils souhaitent devenir. Nous pensons qu’en tant que parent, et plus largement en tant qu’adulte entourant le jeune, il est utile de s’intéresser à ces applications (Snapchat, Instagram, …) et à ces modes de communication (Facebook, Twitter, Whatsapp, …). Effectivement, afin de pouvoir dialoguer avec l’ado mais surtout, afin d’avoir de la légitimité à ses yeux pour le guider, il faut savoir de quoi on parle. Il ne s’agit pas de se battre pour devenir son ami sur les réseaux sociaux. L’ado a toutes les clés pour travailler l’image qu’il souhaite vous donner. Le message à faire valoir est plutôt à l’image de nos valeurs : « on ne fait pas n’importe quoi et on ne publie pas n’importe quoi sur les médias, tout comme on ne fait pas n’importe quoi en société ».

 

Quel est le rôle parental à ce stade du développement de la personnalité ?

 

L’adolescence peut, pour le jeune et son entourage, être un moment de crise tantôt court, tantôt intense ou long mais il peut aussi passer inaperçu. Quelle que soit la forme prise par cette période de changement, le rôle de l’environnement entourant le jeune est primordial pour sortir de ce cycle de vie.

 

Comme le dit le professeur Jeammet, pédopsychiatre et psychanalyste français, « le basculement des comportements adolescentaires vers la créativité ou la destruction dépend beaucoup de la qualité des rencontres qu’ils vont faire dans leur entourage et des réponses de ces derniers. Plus les difficultés sont intérieures, plus les réponses de l’environnement extérieur sont importantes. Elles viendront compenser la sécurité de base que l’adolescent n’aurait peut-être pas reçue. » C’est pourquoi le rôle des parents ne commence bien évidemment pas à l’adolescence. Il se prépare avant. L’autorité doit déjà exister durant l’enfance. Les règles sont à expliciter, à énoncer et le jeune doit les avoir intériorisées avant l’adolescence afin de pouvoir les mettre à l’épreuve à cette étape de la vie. Si les parents commencent à poser des règles à l’adolescence, cela risque d’être vécu comme une intrusion car l’ado cherche justement à se dégager de leur influence. C’est le cas par exemple du parent qui n’a pas pris part à l’éducation de son enfant car très pris par son travail et qui se rend compte qu’une fois devenu adolescent, celui-ci s’oppose. Le parent tente alors d’imposer des règles mais pour le jeune, cela est vécu comme un investissement tardif de la part d’une personne vis-à-vis de laquelle il n’accorde pas de légitimité éducationnelle.

 

Ce même auteur dit que l’amour et l’écoute ne suffisent pas pour que l’enfant grandisse bien en raison du paradoxe humain suivant : « l’apport de l’autre qui peut aller jusqu’au dévouement peut être vécu comme une violence à laquelle l’adolescent va s’opposer, car il existe une confusion dans les frontières générationnelles ». Ne rien refuser à son enfant par peur de ne plus être aimé est très insécurisant pour le jeune. Expérimenter le manque et ne pas constamment être dans l’immédiateté, « le tout, tout de suite » est essentiel à son développement sous peine qu’il ne grandisse avec un sentiment de toute puissance. Dans ce contexte d’insécurité affective, l’adolescent peut ressentir le pouvoir de l’autre comme une intrusion et chercher éventuellement à y échapper par des conduites d’opposition et d’attaque en se faisant du mal dans le but de se réapproprier son identité.

 

L’apprentissage de la séparation durant l’enfance est un point essentiel. Si cette séparation se passe bien, l’enfant va se sentir valorisé par la découverte de ses ressources internes et ne vivra pas le lien avec ses figures d’attachement comme source d’angoisse. A l’adolescence, le détachement en sera facilité. Si par contre, la séparation a toujours été plus ou moins source d’anxiété, le jeune utilisera toutes sortes de stratégies pour se réapproprier son identité. En tant qu’adulte, il faut lui renvoyer que nous avons confiance en lui et que nous nous portons garants des forces dont lui-même n’a pas encore conscience.

 

Quels conseils donner pour favoriser la réussite de ce passage vers l’âge adulte ?

 

Face au changement chez le jeune, il existe plusieurs modèles éducationnels mais tous sont d’accord pour dire qu’aujourd’hui, il existe une difficulté plus grande qu’auparavant à exercer une forme de contrôle et d’autorité (Gallant, 2008). A savoir tout de même que trois quarts des adolescents entretiennent de bonnes relations avec leurs parents et seraient d’accord avec leurs mesures disciplinaires (Peeters, 2005 cité par UFAPEC, 2013).

 

Jean Paul Gaillard (2009), thérapeute systémicien, nous parle du concept « d’enfants mutants » et d’un modèle négociateur. Il propose d’imposer quelques règles non négociables à l’adolescent. Ces règles ne doivent pas être trop nombreuses. Il suggère ensuite aux parents et enfants de pouvoir négocier toutes les autres, dans un respect mutuel

 

Comme Jeammet, d’autres auteurs précisent toutefois que plus le cadre extérieur est établi, fixé et clair entre parents et enfant, moins l’adolescent va devoir trouver les réponses à l’intérieur de lui-même. Certains parents, par excès de compréhension ou de peur que leur enfant se sente incompris, n’imposent plus rien ! Alors que, face à de la souffrance adolescentaire, il est d’autant plus important de pouvoir donner une réponse d’adulte et d’assumer son rôle éducatif.

 

Quel que soit le modèle éducationnel suivi, l’essentiel, en tant que parent, est de pouvoir continuer à manifester son attachement, témoigner son affection, être présent et proposer des moments privilégiés avec l’adolescent, sans toute sa fratrie. Il s’agit aussi de montrer qu’on croit en lui afin de participer au développement de son estime de soi, transmettre des valeurs sans les imposer, exprimer ses émotions de telle sorte que le jeune s’autorise à les exprimer à son tour, à communiquer de façon ouverte et respectueuse…. Peut-être que grâce à toutes ces conditions, le parent sera légitimé à exercer son rôle de garant du bien-être et du comportement du jeune tant à la maison qu’à l’extérieur.

 

Sites et ouvrages à conseiller aux parents en recherche d’outils et de pistes de réflexion :

http://www.yapaka.be/contenu

 

Ausloos G. (1995), La compétence des familles, Eres

 

Barudy J., Dantagnan M. (2007), De la bientraitance infantile, Fabert

 

Boyer A., Trappeniers E. (2006), Cause toujours ! À quoi on obéit quand on désobéit, Seuil

 

Coenen R. (2006), Éduquer sans punir, Eres

 

de Singly F. (2006), Les adonaissants, Armand Colin

 

Dhotel Gérard (2010), Ados. Crise ? Quelle crise ? 20 idées reçues sur les ados, Editions Thierry Magnier

 

Elkaïm M. (2006), Comment survivre à sa propre famille, Seuil

 

Gaillard J.-P. (2009), Enfants et adolescents en mutation, ESF

 

Peeters Jos (2005), Les adolescents difficiles et leurs parents, Collection Comprendre, Editions de Boeck, Bruxelles

 

Pierard Alice (2013), Processus d’individualisation de soi à l’adolescence, Analyse UFAPEC n°05.

 

Seron C. et al. (2002), Miser sur la compétence parentale, Eres

 

Blog de 100drine, ressource d’informations sur des sujets délicats à l’attention des jeunes : http://www.100drine.be/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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